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Article d’Anne FROBERT sur la liste de discussion Coeruleus |
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le don n’est pur et beau que dans son absolue gratuité, ce qui est vrai, il
rejoint aussi par là le Divin. Je ne nous crois pas, nous, êtres humains,
assez bons et parfaits pour donner dans cet absolu total. cela ne peut pas l’être à l’échelle
humaine, consciente ET inconsciente, c’est justement toute la
problématique : Celle d’exiger de soi-même ou
d’autrui la perfection alors que nous-mêmes n’en sommes pas capables. Nous avons tous la prétention de l’acte absolu qui nous
rapproche du Divin, Mais nous avons tous l’imperfection
humaine qui, pourtant, nous en éloigne ; Admettre cette imperfection humaine
est un fardeau lourd à porter, Car c’est à la fois la combattre et
chercher sans cesse à s’améliorer, Tout en ayant l’humilité d’accepter
les limites, celles de n’être que de simples humains et non des dieux. Le reproche fait à autrui de la non gratuité absolue de
son don est la marque de notre propre culpabilité, le reproche fait à autrui de sa
propre impureté est toujours le témoignage de nos propres doutes et
insuffisances car autrui n’est que nous-même, et
le rappel constant de notre caractère humain imparfait. « Délivre-nous du mal »… Celui qui donne n’attend rien de visible, oui, c’est
souvent vrai, et pourtant, pourquoi donne-t-on ? → par devoir chrétien, l’éducation nous a mis dans le moule, nous y
conformer nous rassure sur notre valeur, nous apporte joie et satisfaction
d’avoir fait « ce qu’il fallait », notion de devoir, culpabilité du
non fait, → par amour des autres, car aimer
c’est donner, mais aimer autrui n’est-ce pas aussi s’aimer soi-même → par besoin d’amour donné…. et besoin
d’amour reçu → pour initier un partage, pour
instaurer une relation ou la faire durer → pour une reconnaissance de son
existence beaucoup plus que de son don : « je donne donc je
suis » → pour se faire admettre, ou
pardonner : « je suis différent(e) mais tiens, prends ce cadeau et apprends
à me connaître » → pour se déculpabiliser d’avoir plus
que d’autres La grande perversion de la problématique du don,
surtout dans l’enseignement judéo-chrétien, réside aussi et peut-être surtout
dans le non-apprentissage du « recevoir ». « Il faut être très généreux
pour savoir vraiment donner ; il faut l’être encore plus pour savoir
recevoir ». Le don absolu exclut la relation, il
n’y a pas de relation égalitaire entre le divin et l’humain. Or dans le don humain, il y a
égalité d’existence entre le donneur et le receveur. Si le don humain avait un caractère
absolu divin, alors il faudrait que le receveur ait ce même caractère. Le receveur n’a pas toujours demandé de recevoir et
nous n’avons pas appris à recevoir dans la simplicité, la pureté et l’absolu. Le don peut placer le bénéficiaire,
de façon perverse mais bien humaine, dans une situation de dette, ou de
partage dont il ne veut pas, mais qui lui est imposé. Le don humain implique effectivement
des lois et n’est donc pas en soi gratuit : en dehors de la recevabilité
ou non, le don et le recevoir créent de
facto une relation qui impose la vérité, la franchise, l’honnêteté. Ce n’est déjà plus un choix pour le
receveur puisque c’est imposé, par le don lui-même plus que par le donneur. Les règles humaines sont dans le
respect et le remerciement à celui qui a donné, même s’il ne l’a pas fait
« pour » cela ; mais c’est intégré à l’acte :
Qui a appris qu’on giflait celui qui vous donnait ? Personne ! Je n’ai pas donné pour recevoir mais
je n’accepte pas la gifle du retour. Qui a tort ? Celui qui
gifle ? Celui qui est giflé ? Et qui pardonne ? Nous avons tous ou presque, de près ou de loin, appris
au contraire à respecter celui qui donne, à commencer, dans la chrétienté, par le respect et l’amour de celui
qui nous a donné jusqu’à sa vie, Jésus-Christ. Il n’est pas question de croire en
Lui ou non, c’est un fait réel de l’enseignement reçu. Nous n’avons d’ailleurs que des remerciements
et du respect à rendre, quand avons-nous pu donner à Jésus-Christ
lui-même ? Et bien en donnant à autrui, et cela, c’est difficile à
assimiler quand le retour est la gifle ; et pourtant, il le faut bien. Ce fait très réel est effectivement la porte ouverte,
comme le dis très bien Claude Jouve, à toutes les dérives, tant
intellectuelles que comportementales, tant de la part du donneur, du receveur
et de tout le groupe humain, la société, qui observe les actes. Il n’y a rien de pire que la pensée
malhonnête, et la suspiçion en fait aussi partie. Tout peut être imaginé et/ou
reproché, de façon réelle ou au contraire déviée, selon qui pense, selon qui
dit ; -- Au donneur de le faire dans un
but manipulatoire pour en obtenir reconnaissance et récompense , donc bien
au-delà de son éventuel mérite , pour obtenir la mainmise sur la pensée
d’autrui, pour en obtenir l’aveugle soutien, etc…, et donc d’en tirer donc
des bénéfices, et donc jugés anormaux. Ce peut être réel, conscient ou non, ce
peut être aussi interprété ainsi à travers le filtre de la jalousie, de la
culpabilité…Qui sait vraiment…. -- Au receveur de ne pas savoir
recevoir, de ne pas savoir donner, d’être incapable d’avoir le moindre
respect pour autrui, incapable du moindre partage, de la moindre des
gratitudes, d’être un parasite profiteur et égoïste -- A la
société, d’encourager par l’argent que les valeurs du don soient oubliées ou
galvaudées. L’argent, le mercantilisme, que l’on peut décrier dans
ce qu’il a justement d’humain et de non divin pourrait être cependant ,
en soi, dans l’absolu, une excellente réponse à toutes ces déviations de
l’acte « pur » : lorsque l’acte a un prix, il est fixé, payé,
la transaction est faite, basta, tout s’arrête là. Ce pourrait être la réponse,
malheureusement nos imperfections humaines ont tout à fait su rajouter la
perversion et la déviation à cet acte mercantile aussi. « Pardonne-nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » Il est dur de n’être qu’humains et
imparfaits. Soyons donc lucides de nos imperfections, essayons de
ne pas charger autrui de nos propres insuffisances, donnons d’abord la
confiance et la possibilité à l’autre d’être bon et beau, même si cela nous
met parfois mal à l’aise de n’être pas toujours comme lui à ce moment-là. Et surtout , soyons lucides que
toutes nos souffrances humaines, de base et celles que nous rajoutons, sont
notre lot et peuvent être supportées certes seuls mais aussi partagées pour
mieux les vivre. |
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