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La
philosophie de « l’Humanitude » pour un « prendre
soin » de qualité ! |
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Livre d’Yves
GINESTE et Jérôme PELISSIER Aux
éditions Bibliophane Collection :
« Science cherche conscience » |
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« Comprendre
la vieillesse, prendre
soin des hommes vieux » |
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Cette
philosophie de « l’humanitude »,
présentée dans le livre d’Yves GINESTE et Jérôme PELISSIER, est pour moi
essentielle et la garantie d’un « faire du bien » à la fois au
soigné et au soignant ! puisse-t-elle être vécue dans toutes les relations
« soignants-soignés » Cette approche nous allons la faire grâce aux
notes prises par Jacques ELKINE[1],
à une journée de formation-débat avec Yves GINESTE et Jérôme PELISSIER en
mais 2005. NOTES SUR LA NOTION
D'HUMANITUDE DANS LES SOINS
Comme le
dit Jacques Elkine, l'utilisation du terme « dépendance » en
gérontologie est précisément un terme administratif désignant la nécessité
d'aides, matérielles ou en personnel. C'est alors une expression qui a son
utilité en ce qu'elle cherche à quantifier l'assistance, les
"ressources" (GIR) théoriquement nécessaire. La pratique de soins emprunts d'HUMANITUDE
devrait pouvoir modifier les appréciations et tendre vers un plus juste soin :
lutter contre les manques de moyens, mais optimiser l'usage des moyens
existants. Dans ce sens, la dépendance est une approche "politique"
qu'il ne faut pas sous-estimer. La
dépendance est liée trop souvent au
handicap et ou à la vieillesse. C’est
pourtant, l'impossibilité "terrestre" d'être totalement,
idéalement indépendant et à contrario la nécessité, la beauté d'être
dépendant d'autres personnes, de choses et d'émotions indispensables à la
vie. L'autonomie, la liberté résidant dans un équilibre entre une multitude
de dépendances et indépendances négociées, consenties, choisies, désirées… Le soin a
pour objectif la reconquête d'une liberté entravée par la maladie ou la
crise. Le traitement d'une souffrance
est donc un acte libérateur de l'autre (consentant) ; mais il advient aussi
que le processus soit dû au seul travail de la personne elle-même. En ce sens aussi, "s'appuyer sur ce qui reste
d'autonomie" est stratégique dans une perspective de "traitement révolutionnaire".
C'est là un des points majeurs de la personnalisation des soins. Il nécessite
un regard sans cesse nouveau et une véritable ingéniosité de tous les
instants. Il est essentiel de ne pas quitter cette attitude dans
l'accompagnement. Une des constantes de la "DESHUMANITUDE" des
soignants tient dans leur position mentale par rapport au sujet de leurs
soins : le soigné n'est plus "au centre" de la relation. S'y
interposent : - la priorité des tâches concrètes, - la priorité des règlements en vigueur, - les besoins de pouvoir ou de reconnaissance des soignants
– eux-mêmes conditionnés par… - l'estime de soi du soignant (basée sur l'estime de son
équipe et de son encadrement), - les frustrations personnelles du soignant, - plus rarement l'inadaptation du soignant au soin. On peut
ainsi expliquer toute "mauvaise" prise en charge, toute les crises,
tous les problèmes dans la bonne réalisation des soins. La priorité rendue au
soigné impose la résolution de différents facteurs d'interposition qui l'ont
occulté. Il y a là, matière à une véritable analyse du non-soin, ou du soin
insuffisant, voire de l'incurie, cette négation suprême du soin. Le soignant dispose là aussi d'un outil
quotidien : "Est-ce que ce que je fais est véritablement commandé par
l'intérêt supérieur du sujet ?" ou, en d'autres termes : "Le
patient est-il bien au centre de mon action de soin ?". Faire à la
place du sujet est une justification "éclatante" de sa fonction, de
la nécessité de sa présence, de son pouvoir. "Je fais, donc je
suis" est en réalité erroné : il faut revenir au "je pense – à
l'acte qui est impossible, douloureux, vital, nécessaire, utile à mon patient
- donc je suis (soignant !)". Ne pas faire à la place du sujet peut être
autant une réelle stimulation, thérapeutique, qu'une bonne excuse pour
"ne rien faire", avec en outre un bénéfice secondaire : celui
d'être en position de supériorité, de jugement par rapport au soigné. Trois règles d'or
: 1. Les patients
"simulateurs" (douleur ou impotence) sont rares, et parmi eux les
véritables "tricheurs" sont l'exception : leur attitude signifie
quelque chose. L'humanitude
(avec tous ses outils est le moyen de déchiffrer ce qu'elle signifie. 2. Le soignant doit
acquérir une claire conscience de son "intention de soigner", pour
chaque geste de soin. Il est parfois amené à négocier cette intention avec le
patient et avec les autres réalités du moment. Il vaut mieux un geste de
soins retardé qu'un geste de soin bâclé ou abandonné. 3. Le soin aux
personnes âgées, s'il comporte parfois des phases de réapprentissage, de
"rééducation", n'a cependant plus rien à voir avec ‘l'éducation’.
Plus particulièrement avec l'éducation "à la dure" : "Il faut
qu'il apprenne que quant il crie, on ne vient pas !", "Et qu'est-ce
qu'on dit, Mamie ?... Merci !". C'est une des marques les plus violentes
du mépris, du "regard d'en haut", de la négation de l'humanitude du sujet de
soins. On ne sait
véritablement qu'au fur et à mesure du soin ce qui est à faire par le
soignant et ce qui est faisable par le soigné. Ce n'est qu'une fois
l'autonomie de ce geste assurée, que la présence du soignant n'est plus
nécessaire. Les processus de généralisation commencent typiquement par
l'expression (parfois non dite expressément) : "On le connaît ! Il fait
toujours ça.’’ La généralisation rassure, car elle permet (à peu de frais)
de "prédire l'avenir". On en arrive à des soignants blasés, qui
avaient tout prévu, mais qui ont peut-être précipité les choses par leur conviction
que ça se passerait ainsi. La généralisation permet de fixer le sujet dans un
cadre limité, exigu, mais parfaitement maîtrisé par le soignant : "Il
prend toujours du café. Il n'aime pas les fruits. Il est méchant. Il se
laisse aller. etc." Son intervention en est notablement
simplifiée à des tâches immuables et ne nécessitant plus de réflexion ni
d'adaptation préalable. Par la suite les faits lui donnent raison : le
patient est véritablement "modelé" par le regard, le verdict, qu'a
porté le soignant une fois... il y a bien longtemps... L’institutionnalisation, il faut regarder ce fait dans sa
réalité, restera toujours un moyen
alternatif au maintien dans le milieu de vie. Elle est fondamentalement basée
sur des mécanismes dont il faut avoir conscience - l'industrialisation, qui vise à unifier les processus et
contre laquelle il convient de résister par la personnalisation des soins et
des relations. - La mutualisation des moyens, qui ne doit pas faire
disparaître les fantaisies, les particularismes, les individualités
"traitées sur un pied d'égalité" par seul souci d'économie. - La centralisation, qui aboutit à la perte d'initiative au
niveau où elle est le plus indispensable : à la base, aux soins. L'humanitude réhabilite la technique et le
relationnel En redonnant à
la relation inter-humaine toute sa place dans le soin, l'attitude prônée par
la "métho"
lui redonne ses lettre de noblesse : elle l'analyse, la met en pratique, la
remet en code et la replace au rang du soin curatif (cure). Elle montre à la
fois le coût réel du relationnel et la meilleure gestion du temps de soin,
avec pour conséquence une optimisation maxima de la qualité finale : la
qualité de vie des humains qui lui sont confiés. Le
diagnostic peut être considéré comme une "reconnaissance". Toute
démarche de soins structurée et globale comporte donc comme préalable trois
ordres de diagnostics : - Le "diagnostic de l'intrus" : c'est le
diagnostic de ce qui gène, de "ce qui cloche" ; le diagnostic médical. Quelle que soit sa complexité, il doit
être explicité à l'équipe, tout en respectant l'intimité du patient. - Le diagnostic des conditions, de l'environnement, de
l'Histoire du sujet : il se pratique de façon méthodique et avec les mêmes
limites que le précédent en ce qui concerne l'intimité de la personne. - Le diagnostic du sujet : c'est la reconnaissance de l'être
qui est marqué, occulté par ses troubles, ses difficultés, parfois sa
souffrance (qui altère l'accès à la personne). Ce diagnostic est l'affaire de
tous. Chaque acte de soin est une mise en action de cette reconnaissance de
l'autre : l'humanitude. Loin de
toute attitude moralisatrice de type dogmatique, l'approche basée sur l'humanitude remet
clairement à leur place les éléments de la relation à l'autre, tel qu'ils
s'imposent par la simple réalité des faits. Ils aboutissent ainsi à
"faire du bien" au sujet, sans sortir du cadre éthique de la
relation de soin, notamment sans ambiguïté à connotation sexuelle. Ainsi, le
« faire du bien » apporte-t-il assurément un bénéfice en retour au
soignant, sans même que celui-ci ait à l'attendre. On peut s'attendre à ce
que le "mauvais soin", revienne dans ce cadre à "faire du
mal" (avec toute la relativité possible, selon le cas). Il en découle une règle en quatre points qui peut aider à
comprendre certains problèmes de notre pratique : Quand
on fait du bien, on est bien çèc'est le soignant formé qui maîtrise son art
Quand
on fait du mal, on est mal çè c'est la souffrance du soignant. MAIS Quand on fait du bien, on est malçè C'est la culpabilité du
soignant, qui appelle probablement un travail sur l'équipe. Quand on fait du mal, on est bien çè C'est le signe absolu de la
maltraitance. |
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Merci à Jacques Elkine |
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